Il y a plus de 25 ans que l’idée de préserver la danse, m’habite.

La danse de Malkovsky fait partie du courant historique de la danse libre. Son originalité est incluse dans sa technique, son répertoire est associé à la musique romantique.
Cette danse est issue d’actions motrices agréables, accessibles à tous, car le travail du corps est lié à l’organique, l’émotionnel et l’intelligence.
La notation permettra qu’elle puisse être retrouvée, déchiffrée, appréciée. Elle pourra revivre dans le corps de danseurs à venir.

Avec la notation, c’était la possibilité de faire de l’œuvre chorégraphique un objet idéal fonctionnant comme une classe d’occurrences correctes et autorisant par là des reprises et des recréations extérieures à la série linéaire des transmissions orales.

F. Pouillaude

La trace pourra disséminer l’œuvre de Malkovsky et s’émanciper du problème de la filiation, tout en partageant une conception de la corporéité.

Ne pas écraser, sous le poids de l’image, la possibilité d’une interprétation neuve.

F. Pouillaude

Le passage par l’apprentissage de la notation m’a amenée à une conscience plus aigüe des chemins par lesquels advient la forme. Le travail sur les sensations internes s’appuie sur une grande sollicitation des muscles profonds. On peut néanmoins parvenir à une
forme identique avec la musculature superficielle, une organisation articulaire, au détriment de la gravité.

Les notatrices Karin Hermes-Sunke et Christine Caradec ont participé à mes cours, par curiosité, par professionnalisme, pour ressentir ce qui se joue dans le corps avant l’extériorisation de la forme visible. Sachant que l’écriture transcrit les entités discrètes, repérables,
nommables et répétables : pas, figures, positions, je souhaitais qu’elles les découvrent par la pratique et les identifient dans le continuum fluide de la danse.

Malkosky n’a pas chorégraphié la performance, mais des états universels et intemporels, des paysages de l’âme. C’est en vous disait il. Il voulait une danse pour tous. Les chemins des connexions, (espace), ceux du centre de gravité (poids), des variations toniques (flux), et des variations dynamiques (temps) sont en nous. Ces chemins intimes discrets, subtils, fragiles, composent la modeste matrice d’où éclôt le camaïeu de la danse.

Les chemins des sensations sont invisibles, mais leurs flux colorent le mouvement visible. C’est à cette condition que le spectateur pourra trouver du sens.
Malkovsky a fait l’éloge du peu.

Ce peu donne la vérité fonctionnelle dans un corps harmonieusement équilibré et conditionne la justesse du mouvement. Il est essentiel pour que le mouvement exprime une émotion, il est primordial mais facilement évacué au nom du plaisir immédiat.
Ce peu est essentiel pour l’assise du mouvement dansé et caractérise la singularité du style de Malkovsky.
Ce peu crée l’empathie et permet de « parler à l’âme par les yeux. » Noverre
Ce peu est fragile, il nécessite une attention constante car l’esthétique émotionnelle de la danse disparaît facilement. Son pire ennemi est le sommeil confortable des habitudes et l’illusion sur soi-même, par manque de connaissance, de travail, de réflexion, de questionnements, et de responsabilité face à ce patrimoine.

François Malkovsky

Texte extrait du livre : Dans les pas de Malkovsky de S. Bodak